Découvrir la calligraphie chinoise

Mon cheminement

La découverte d’un univers 

C’est en 1998 que j’ai commencé à étudier la calligraphie chinoise à l’École d’art de Madame Ngan Siu Mui, maître de réputation internationale, auprès de laquelle j’allais m’initier aux différents styles de calligraphie : la calligraphie sigillaire, la chancellerie, la régulière, la courante et la cursive. Son enseignement traditionnel a été pour moi un extraordinaire voyage dans un univers culturel qui m’était complètement inconnu et qui ne cesse de m’émerveiller.

Pourquoi la calligraphie chinoise? 

On me pose souvent cette question. En fait c’est le hasard qui m’y a menée. Alors que je cherchais à renouer avec la peinture que j’avais abandonnée depuis très longtemps, une amie chinoise m’a parlé d’un cours donné par Mme Ngan Siu Mui. Toutefois, comme la peinture chinoise fait appel aux techniques de tracé de la calligraphie, il fallait préalablement les maîtriser. Loin de me rebuter, cette idée me plut d’emblée. À cette époque, j’étais loin de réaliser combien cet apprentissage était long et ardu, et aussi qu’il ne se termine jamais complètement. Mais ça, on ne le découvre qu’au fur et à mesure que l’on progresse. Et je ne me doutais pas alors à quel point j’allais pénétrer dans un monde d’une richesse inépuisable. Au point même d’en oublier sans regret mon projet d’origine : la peinture.

L’étude des œuvres anciennes 

Il est d’usage dans l’apprentissage de la calligraphie d’étudier les œuvres des grands maîtres et de les copier. Toutefois, le mot « copier » traduit bien mal cette activité. Je préfère parler « d’interprétation », puisqu’il s’agit en effet de retrouver la danse de leur pinceau. Comme le danseur ou le musicien qui interprète la pièce du chorégraphe ou du compositeur, je me plais à étudier et travailler ces compositions, et c’est ce défi que je cherche à relever.

C’est ainsi que, lors d’un séjour de plus de quatre mois à Xi’an, en Chine, en 2007, je me suis passionnée pour l’œuvre du moine Huai Su (737? – 785?) de la dynastie des Tang, dit « le moine excentrique », un des très grands maîtres de la calligraphie. Sa Présentation autobiographique, une calligraphie longue de 7,55 m, est considérée comme un chef-d’œuvre de la cursive folle. Il y raconte son parcours de vie comme calligraphe; l’intérêt du texte est toutefois plus documentaire que littéraire. Ce qui en fait une pièce remarquable, c’est l’audace extrême du tracé et son incroyable exubérance qui rend d’ailleurs le tout pratiquement illisible, même pour les Chinois, tant les caractères y sont traités de façon abstraite. La modernité de cette œuvre est surprenante.

Comme on interprète une pièce musicale, « jouer » et « rejouer » cette pièce ne me lasse jamais. À mon retour au Québec, j’ai présenté une série de travaux que j’ai intitulée : Chorégraphie du pinceau de Huai Su et je poursuis encore cette démarche à l’heure actuelle, pour approfondir mon incursion dans l’univers de ce géant de la calligraphie.

Au-delà de l’expression gestuelle

Plus qu’une simple expression gestuelle, la calligraphie est pour les Asiatiques un mode d’expression personnelle, on exprime ce qu’on est. C’est l’état d’esprit, la vitalité, le tempérament qui se manifestent dans l’exécution et que celui qui regarde appréciera. Pour François Cheng, écrivain, poète, essayiste et spécialiste des arts de son pays d’origine, la calligraphie : « invite à la méditation, avec ses courbes, ses élans. Le trait n’est pas une simple ligne, il est os, muscles, chair et sang. »

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